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SUR LE DESSIN ET LA PEINTURE

 

 

L’idée du tableau ou du dessin surgit lorsque mon cerveau est au repos et ouvert.

Ça peut arriver : dehors – forêt, montagne, eau

méditant les yeux fermés

au tout petit matin dans le noir

en dansant

en bougeant sans y penser

 

Le désir débute comme un ronronnement lointain qui s’approche tout doucement et s’amplifie

Je laisse faire

 

Choisir le format du support– jamais petit sauf pour les croquis, il faut que mon corps existe dedans, que mon bras ait un rayon d’action suffisamment large pour faire naître du mouvement, de la vibration – que je puisse soit marcher dessus soit au moins me tenir debout face et que ça déborde des limites de mon corps.

Si c’est du papier tout ira vite sauf si j’utilise une mine très fine qui demande de la minutie et du détail. Les limites du papier m’importent peu, je dépasse.

Si c’est une toile sur châssis ce sera beaucoup plus lent : les bords solides et le bois demandent de la rigueur et des choix plus drastiques, le cadre au dos et le volume préexistant de l’objet me disent de construire l’image plus minutieusement. Après tout, un châssis c’est déjà une construction, je lui rends honneur.

 

Choisir un endroit où poser le crayon ou le pinceau

Cette première décision déterminera les choix suivants

Pas de croquis préparatoire ou, si oui, quelque chose de flou pour trouver une forme majeure, un détail ou une texture

Je connecte l’outil au cœur – à la ligne centrale énergétique qui vibre en moi et qui me dit où commencer

Une fois l’outil posé le point devient ligne, tâche ou motif

Le fond se construit en même temps que la forme

Une forme en appelle une seconde puis une troisième

Je ne sais toujours pas vraiment où tout cela va m’emmener

Je passe d’un espace à l’autre pour pouvoir tout composer en même temps. Je ne finis pas un morceau avant d’en attaquer un autre pour que les parties du dessin ou de la peinture puissent entamer une discussion.

 

Si c’est un immense format c’est tout mon corps qui décide, mon bassin, mes jambes mes pieds nus sur le papier. Le papier devient peau, je le caresse. Est-il grainé ou lisse ? De quel arbre vient-il ?

Je prends très peu de recul et je trace. Les lignes se croisent, les zones de papier se remplissent l’espace négatif devient positif, il y a des zones ou les couleurs se réunissent pour un conciliabule.

Mes os et mon système nerveux m’invitent ici ou là et je les suis. Mon regard devient presque sous-cortical, celui d’un animal qui avance vite et qui est mu par des réflexes rapides et un instinct aiguisé.

Il faut que l’outil soit large pour être saisi à pleine main, appuyer fort, comme si je me promenais sur le papier avec une lampe torche. Donc gros pinceau, oil sticks et si je savais en faire des patins à roulettes avec des pinceaux attachés aux roues. Je marche à quatre pattes, je m’accroupis, me lève, je cours d’un bout à l’autre du papier, je tourne sur moi-même.

Je réfléchis peu parce que ce format-là me demande de l’action, de l’écoute et très peu de pauses. Si c’est possible je le fais en une seule fois.

L’énergie court d’elle-même.

 

Si c’est une peinture je passe plus de temps devant la toile car c’est un objet qui existe déjà et qui est chargé d’une longue histoire symbolique.

La préparation des couleurs me plonge dans un état qui me connecte aux liquides de mon corps : l’essence, le gras, le poudreux font appel à la lymphe, le sang, la graisse.

Je crée une première couleur, les autres viendront plus tard pour s’associer à elle mais je dois la voir d’abord posée sur le fond blanc pour savoir où elle veut que je l’emmène et ce qu’elle me demande.

Souvent, je charge un peu trop mon pinceau sachant d’avance que de la couleur diluée va s’en échapper pour rouler en grosses gouttes sur le tissu. Ça j’adore ! Je laisse place au trajet et à la décision de l’eau en acceptant que cela va peut-être entrer en conflit avec la composition déjà existante en la perturbant par un hasard qui ouvrira un nouvel espace dans la toile.

J’attends beaucoup, je regarde, j’hésite longtemps – que raconte cette forme, cette figure, de quoi a-t-elle besoin ? Quel est son contexte ? Je les personnifie et leur pose des questions. Si je rate ce n’est pas grave parce que c’est du palimpseste pour la suite. Même si ça m’agace sur le moment, je m’en réjouirai après.

La composition doit prendre une direction : est-ce que le contenu de la peinture vient vers moi s’élève vers le ciel, est ce que ça se tient loin, est-ce en déplacement ? Les couleurs s’imprègnent les unes des autres mais les contours des formes sont définies. Je suis totalement dans l’émotion avec les couleurs – je n’ai aucun recul je me laisse vraiment envahir par leur langage.

 

Je crée à partir de structures anatomiques que j’étudie et qui sont, dans mon imaginaire, très proches d’éléments rocheux, végétaux, aqueux, forestiers. Mes recherches partent toujours de mon corps et prennent la forme de paysages abstraits. J’explore d’abord en mouvement mes muscles, os, liquides ou encore mon système nerveux puis, je traduis en dessin/peinture ce que j’y ai sensiblement observé.

Mes pièces se situent à la lisière entre le mouvement dansé et l’immobilité que fixe la peinture ou le dessin. Je cherche toujours à faire glisser et couler les lignes entre les formes et les couleurs, les rendre vibrantes, poreuses et organiques.

 

Je pars donc de mon corps et des

 

 

Langage de la couleur

De l’outil

Du support

Ça ouvre des pistes et des possibilités

Contraste intensité du trait

Affirmer une forme vis-à-vis d’une autre

Moment de bascule où il y a une forme qui émerge par rapport aux autres qui se construit ou qui se défait – une fois que je saisis mon sujet il m’échappe

Définir qqch et le détruire : équilibre instable

Est-ce que c’est de l’abstraction, de la représentation ou présentation

Identification : trace ? signe ? symbole ?

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